Pascaline Marre
auteur - photographe

Garder les yeux ouverts

05/09/2015
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Le monde semble se réveiller d’un long silence.
Il a fallu l’image d’un enfant sur une plage, mort noyé
Ébranler comme un seul homme une multitude
Perdue dans son quotidien indécent jusque là indifférent.

Combien de familles depuis des mois, des années
Auront risqué les leurs dans cette traversée
De ces eaux avalantes de vies humaines
Désespérés par dizaines, par centaines.

Sur des embarcations improvisées, se lancent,
Ombres disparaissant dans la nuit, s’enfoncent
Dans les eaux, pas une âme pour les accompagner,
La lune ce soir se lèvera-t-elle pour les guider ?

Rafiots abandonnés sur le rivage, eux sont passés.
L’homme serre ses enfants, sa vie, ils sont sauvés.
Ils auront une vie meilleure, tant de fois,
Papa vous l’a dit pour vous faire avancer.

Le jour se lève sur cette terre promise, endormie.
Elle baisse les yeux, ne veut pas voir ces vies
Débarquant par vagues d’un rivage trop lointain,
Apportant des histoires qu’elle ne veut souffrir.

Face à notre indécrottable indifférence,
Saura-t-on voir ces vies et les accueillir ?
Porteurs de mauvais présages et d’avenir
Sombre, on se détourne, on ne pense plus.

Mais eux viennent, ils continuent d’arriver,
Des vagues, des colonnes sans fin,
Quoi qu’il leur en coûte. Ils n’ont plus rien.
La rage de vivre et l’espoir d’une vie libre.

Liberté, Egalité, Fraternité,
Il est temps à présent de sortir tes armes,
Défier les indifférents, les sans-âmes,
Les peureux, les fâcheux, les hideux.

Porter le drapeau haut et guider
Notre conscience et notre humanité
Vers ceux et celles, ces étrangers
Que nous ne savons plus regarder.


Photographie : Paris 11ème