Pascaline Marre
auteur - photographe

Le Quercy

Le nom leur ressemble : rond, avec un air d’antan. Je revois Madame Bonale sous son chapeau de paille avec un mouchoir pour protéger sa nuque. Leur maison, au creux d’un vallon, est un ancien château moyenâgeux avec une chapelle construite sur le lieu même d’une apparition. Chaque année, Monsieur et Madame Bonale font le pèlerinage en hommage aux Saints du village, malgré l’âge. Madame Bonale plie sous le poids du temps et du labeur.

Chez eux, le temps semble s’être arrêté, ou peut être est-ce nous qui avançons trop vite. Les « r » sont roulés ; quelques chaises qui frottent le parquet pour s’assoire autour d’un verre ou dégager la table pour y étaler la patte du pastis. Tout est silencieux. La cheminée trône, bouche béante de suie au centre de la pièce de la maison. Dessus, des assiettes en décoration, et des fleurs plastiques sous plastique. Le monde arrive de temps en temps par la fenêtre télévisée pour se rappeler qu’on est de son temps. Madame Bonale n’a jamais quitté sa région, sauf pour aller voir sa fille à Toulouse. Dans les années 50, on leur a proposé des prêts faramineux pour se moderniser. Enfin, des prêts pour produire plus, pour rembourser les emprunts ; c’est comme ça qu’ils l’entendent.

« On aime notre travail. Les grandes exploitations, ce n’est plus la même chose ; c’est de la gestion, » me dit son fils. Espèce en voie de disparition, ils contribuent à notre patrimoine géographique avec tout l’amour qu’ils ont pour leur métier et leur terre qu’ils travaillent de leur main et de leur corps jusqu’à ne plus pouvoir. Faire les choses avec amour est aussi une espèce en voie de disparition dans notre monde de production et de résultat. On se fiche bien de la manière, à quelques exceptions près. Des renégats qui osent faire ce qu’ils aiment envers et contre tous.