Pascaline Marre
auteur - photographe

Les Géantes - En cours

Synopsis

Les Géantes est un projet inspiré de personnages de la mythologie, dans lequel j’explore la roche comme métaphore de la femme puissante, la femme créatrice ; comme allégorie du féminin dans toutes ses aspérités, ses failles, ses luttes, sa force.

Le projet

En 2016, lors d’un voyage en Sardaigne, je suis tombée de stupeur devant les « Géants de pierre » récemment excavés du site archéologique de Tharros dans la péninsule de Sinis. Datant de l’ère nuragique, nous ne savons que peu de choses sur ces géants, autrement appelés guerriers, archers, ou boxeurs, distingués par les détails gravés dans la pierre. Plusieurs hypothèses ont été évoqués sur leur rôle. Retrouvés au-dessus de tombeaux, ils auraient été érigés comme pierre tombale en mémoire aux défunts et célébrés ainsi en héros. Alignés face à la mer, du haut de leur 1,80 m, n’étaient-ils pas également destinés à dissuader d’éventuels envahisseurs ? Je restais longtemps saisie par la représentation géométrique et moderne de leurs visages, similaires à ceux des géants de fer des films de Miyazaki, alors que 3000 ans les séparent.

Deux ans plus tard, je fus saisie de la même stupeur, alors que je me promenais sur la côte sauvage d’une île bretonne. Au détour d’un sentier surplombant la mer, mon regard fut attiré par un entrelacs de rochers immenses surgissant de l’eau. J’imaginais ces blocs lancés par des Titans qui se seraient échappés du Tartare. La mer à mes pieds, je les parcourais et photographiais leur masse tellurique puissante et sombre. De retour à mon atelier, j’ai retravaillé ces images gardant en mémoire ces géantes fossilisées dans ce chaos.
Au-delà de l’inspiration puisée dans les personnages mythologiques, il est question ici d’explorer l’archétype du féminin, faisant de la roche une métaphore d’une humanité́ ramenée à ce socle primitif d’où elle peut s’élancer, engager la lutte, transformer ses maux et douleurs en espérance. Je cherche à m’immiscer dans la matière rocheuse, pour en explorer les aspérités, la minéralité́, la dureté́ et la friabilité, révéler sa beauté́, capter sa puissance, s’élèver avec elle ou plonger dans ses chaos. Dans ce corps à corps, je magnifierai ces roches dans ce qu’elles m’inspirent de nos forces et de nos failles, de nos luttes et de notre vulnérabilité́.
En italien, comme en espagnol, « la mer » est masculin. En français, « la mer » nous ramène à la mère nourricière. Elle nous enveloppe, on veut s’y fondre, s’y ressourcer, y déposer nos maux et en sortir lavés. C’est ainsi que je partirai en quête de ces roches le long du littoral, me tenant à la lisière des éléments telluriques qui s’entrechoquent, se repoussent et s’assemblent parfaitement, sur cette ligne de crête entre la terre, la mer et le ciel.

***

Les Géantes

Au détour du chemin, en contre-bas
Je vous ai aperçues, suivant mes pas.
Je me suis approchée de vos corps
Informes, immenses et sombres.

Cacophonie de vos masses, encombre,
Frappe le ressac contre vos ombres.
Remontées d’un autre monde, fossilisées
Charriées par la mer, agglutinées, disloquées.

J’ai arpenté vos corps calcinés,
Ma main sur vos os s’est écorchée
Votre peau à nu, j’en vois les plis
Je guette votre souffle insoumis.

J’entends la mer qui respire,
Sans fin, dance, gronde et jubile,
Frappe et caresse à sa guise,
Vous a-t-elle ramené de ces enfers ?

Tristes Géantes, vous ne remuez,
Mais j’entends vos murmures,
Et dans le creux de vos sillons,
Je voudrais me dissoudre, me fondre.

Sous mes yeux vous voilà stèle
Redressées à nouveau frêles,
La mer de sa houle veille
Et emporte vos tourments.