Pascaline Marre
auteur - photographe

Les Nourritures Terrestres - Projet en cours

Ce titre emblématique et emprunté à André Gide résume le jeu d’assemblage auquel je me suis prêtée pour cette série. Partir de l’image et explorer les associations graphiques et sensibles d’images qui n’ont pas de lien apparent. Incarner le médium photographique de façon charnelle, laissant libre cours à des associations visuelles et sensorielles. Ainsi, donner corps et vie à cette surface sensible en l’investissant de sa charge émotionnelle et physique.

Dans son texte, André Gide se donne une liberté entière dans la juxtaposition de ses écrits rassemblés sans sujet précis, mais avec la même intention de se donner une liberté entière à ses pensées, ses idées et ses impressions, faisant surgir une sensualité à travers les mots dans un langage cru et charnu mais spirituel de ses expériences.

De façon analogue, j’assemble comme un puzzle ces photographies traduisant des émotions, des impressions, des visions intimes et personnelles. De cet assemblage intellectuel et visuel nait une nouvelle lecture plus complexe où les images se répondent, s’accrochent, interfèrent. Ces interférences et ces frictions appellent à une lecture libre, sans réponse ni démonstration, mais où le fil conducteur serait dans le mystère même de l’acte photographique.

Que cherchons-nous vraiment dans une photographie ? Pourquoi photographier et poursuivre cette quête qui se décline à l’infini ? Les réponses sont elles-mêmes infinies. Pour ma part je cherche une image dans laquelle se glisse l’indicible, ce que l’on ne peut voir mais qui se dégage du sujet, quelque chose qui nous échappe. Une image que l’on pourrait regarder encore et encore et dont on ne peut faire réellement le tour. Une image qui questionne, qui inspire l’acte même de photographier.