Pascaline Marre
auteur - photographe

Rencontres à Domicile - La Courneuve

En 2001, Gaële Braun, artiste plasticienne résidant à La Courneuve, est invitée par la ville à proposer une exposition de son travail au Centre Culturel Jean Houdremont, au coeur de la cité des 4000. C’est au cours de l’élaboration de Rencontres à Domiciles que je fais la connaissance de Gaële.

Un an plus tard, le résultat est un ensemble de 200 dessins et 200 portraits de 100 Courneuviens exposés au centre culturel des 4000.

L’objectif de ce projet était de faire le lien entre un travail artistique et un lieu d’exposition aussi emblématique que La Cité des 4000. Nous voulions poser la question de l’utilité, de la place et du sens de l’image et de l’art et de sa représentation dans un lieu aussi stigmatisé urbainement et socialement.

Pour cela, nous avons conduit des rencontres chez 100 habitants de La Courneuve, qui nous ont permis de dresser ce portrait de l’intérieur.

Le travail s’inscrivait dans un cadre précis et se déroulait de la façon suivante :

Au cours de ces rencontres chez les participants, Gaële réalisait une série de portraits à l’encre de chine que le participant devait placer chez lui, une fois son dessin choisit. Cette étape amenait le participant à s’investir d’un portrait qui lui était encore étranger. Je réalisais un portrait du participant dans cette mise en scène.

L’originalité de la structure même de ce projet nous a apporté des résultats visuels souvent percutants, dans lesquels les dessins et les photos se répondaient.

Du pari de la collaboration des Courneuviens et de l’acceptation du projet

Le retour que nous avons eu des participants pendant l’exposition nous a permis de confirmer le succès de notre travail : un pari, à plus d’un titre.

Beaucoup de questions nous venaient pendant le déroulement de nos opérations : Pourrons-nous obtenir la participation de 100 Courneuviens ? Quelle allait être la réaction du public une fois le travail exposé en public ? Visuellement, aurons-nous un résultat satisfaisant, sachant que nous devions composer et improviser en fonction de ce qui nous était donné à voir et partager ? Toutes ces problématiques nous ont amenées à une constante remise en question de notre travail tout au long de la réalisation. Remise en question également alimentée par les participants eux-mêmes, au travail qu’on leur proposait, et avec lequel ils devaient également composer.

Nos objectifs : Replacer l’art au centre de son public

Dans ce travail, nous voulions non seulement investir le public de cette participation en étant sujet et acteur, mais également redonner du sens à l’image, en s’attachant à l’individu, dans sa particularité.

Le projet, grâce à son élaboration, pose la question de la place de l’art dans la société et notre quotidien. Comment peut-on inviter un public à venir voir une exposition ? Comment peut-on nouer le dialogue avec lui, sans qu’il ne s’adresse qu’à un cercle d’initié ? Comment étendre son champ d’action et de représentation, afin que ce dialogue s’installe et se développe ? L’art contemporain tend à s’isoler dans des langages de plus en plus éloignés du public. Sans vulgariser l’essence de la créativité, quels sont les moyens pour toucher à nouveau ce même public ?

La composition graphique présentée ici ne joint pas les dessins, partie intégrante du travail. C’est une alternative qui est ici proposée. L’ensemble des rencontres peut être consulté sur le site de l’association L’Art est Public, onglet "expositions passées"..