






























Atka, inspiré d’un conte inuit, est une exploration intime de nos fêlures, nos errements, nos manquements, notre vulnérabilité. Ce travail interroge notre capacité à nous emparer de cette qualité intrinsèque à l’homme, que nous avons de cesse de chasser et d’enfouir, alors qu’elle nous est un mal nécessaire et salvateur. Appréhendée ainsi, elle devient un point d’ancrage fondateur.
Je démarrais ce travail à un moment de ma vie où mes points d’ancrage vacillaient. Je me sentais alors tel l’équilibriste, qui avance sur sa corde d’une confiance aveugle, défiant les lois de la gravité, toujours sur le point de basculer. Sur ce lien ténu, il faut regarder droit devant, tenir un point à l’horizon, s’aider de nos bras, minces face aux vents contraires ou de côtés, de ceux que l’on ne voit pas arriver.
Une mise à nu alors s’impose, afin de puiser en soi la force nécessaire pour avancer sur un chemin non tracé. Et dans cette entreprise, la photographie m’est un alié salvateur, un moyen d’explorer à tâtons ce chemin, de l’appréhender pour mieux m’en saisir, transformer les fêlures et les blessures en jeux, m’incarner en oiseau qui peine à prendre son envol, en amazonne légendaire ou en matadore, et me donner la possibilité de me relever.
Partir du corps comme point d’ancrage, le sonder, l’ausculter, révéler ses aspérités, ses blessures, le temps qui l’alourdit. Apposer des objets photographiés sobrement sur fond noir, de ceux qui m’habitent et peuplent mon atelier comme autant de présences que je m’invente. Faire rentrer le dehors dans ce monde clos, saisir dans un arbre tordu par le vent sa resistance à l’improbable, voir dans un roc détaché d’une falaise se tenant seul face aux marées, l’espoir incarné. Et dans cette exploration, transformer les fêlures et les blessures en jeux, m’incarner en oiseau qui peine à prendre son envol, en Amazone légendaire, en guerrière imaginaire, ou en Matador, et me donner la possibilité de me relever.