Pascaline Marre
auteur - photographe

Alep

17/12/2016
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Alep, ville antique de 4000 ans,
Des siècles de civilisation arboraient ta cité,
Tu resteras dans les livres d’histoire, consignée.

Alep, ton nom dérive de l’araméen « Halaba »,
Blanc, somme de toutes les couleurs,
Couleur de ta terre et de ton marbre.

Alep, tu as perdu tes couleurs.

Alep hittite, Alep mésopotamienne, Alep séleucide,
Alep arménienne, Alep bizantine, Alep romaine, Alep arabe,
Que fait-on de toi ?

Alep, tu disparais dans un décor apocalyptique
Sans relief, sans vie, que seuls
Les hommes sont capables d’imaginer.

Alep, je cherche ton image et tu apparais,
Une ville dévastée, un tas de ruines,
En quelques mois, nous t’avons détruit.

Alep, 4000 ans d’histoire niées.

Alep, tu apparais dans le journal, à la radio,
Sur tous les écrans, sur les réseaux sociaux.
Que dit-on de toi ?

Une litanie de mots sans sens,
Impuissants que nous sommes, honteux
De mesurer le pire de l’homme.

Le Monde se creuse la tête pour
Expliquer, théoriser, te raconter,
Nous perdre dans nos mensonges.

Le Monde bien trop occupé
À sa toute puissance, sa vanité,
Son incommensurable vacuité.

Alep, que voit-on de toi ?
Des images de tes habitants désespérés,
Agonisants, abandonnés.

Ils crient, fuyant une terre désolée,
Ils hurlent à l’inconscience, à l’ignominie,
À l’absurde, au mensonge qui pave tes rues.

Alep, qu’as tu donc fait pour devenir cette ville martyre ?

Témoins impuissants et passifs,
Nous regardons ta destruction en silence.
Car il n’y a pas de mots pour expliquer, pour comprendre.

Et je veux crier, hurler,
Me joindre à vous, citoyens d’Alep,
Mon cri sans voix ne vous parviendra pas.

Et devant nous, devant moi,
La dévastation, le vide,
Que nous avons fait de toi.

Alep, tu rends ton dernier souffle.

Les images qui illustrent ce texte sont tirées de la série "Fantômes d’Anatolie" sur le génocide arménien.